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« Gloria » pour l’achèvement d’un projet à la partition complexe

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La boîte blanche à l’avant-plan abrite la salle de concert de 150 places et, à l’étage, les salles de ballet de l’académie.

1 novembre 2021 Temps de lecture 12 minutes

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Le 3 septembre dernier, le Gloria de Georg Friedrich Händel a fait vibrer pour la toute première fois le public du Concert Hall, pièce maîtresse d’un Grand Manège flambant neuf au cœur d’un quartier de Namur en plein renouveau. La SM Wust-Cobelba a réalisé ce projet remarquable en Design & Build avec les bureaux d’architecture p. HD et Architectes Associés ainsi que plusieurs bureaux d’études, pour le compte de la Ville de Namur, qui y héberge également son académie de musique et les bureaux de l’association Cav&Ma (Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne). Visite du projet sous la conduite experte et passionnée de Christian Determe, chef de projets chez Wust.

Cette réalisation correspond à la phase 1 du projet de transformation de l’Espace Rogier, par laquelle l’ancien mess ainsi que le grand manège des officiers ont été démolis pour faire place à une construction neuve. Seule l’enceinte du grand manège a été conservée et restaurée. Le parking Rogier et quelques anciens bâtiments adjacents, normalement dévolus à la construction de logements en phase 2, sont cependant toujours « dans leur jus ».

Seule l’enceinte historique du grand manège des officiers a été conservée et restaurée.

Boîtes à musique

L’acoustique était évidemment au cœur de toutes les préoccupations lors de la conception et la construction de la grande salle de spectacle de 800 places et des locaux de l’académie de musique (dont une plus petite salle de 150 places). Il s’agissait d’atteindre une qualité équivalente à celle de la salle Flagey à Bruxelles, afin notamment de réaliser des enregistrements de concerts de tous types. Christian Determe : « Pour chaque élément à mettre en œuvre, il fallait se poser la question de l’effet sur l’acoustique. L’affaiblissement acoustique de la salle par rapport à l’extérieur est de NR70. Nous avons utilisé des techniques très spécifiques pour y parvenir, même au niveau du bétonnage. Les différentes parties du bâtiment sont liaisonnées structurellement mais scindées acoustiquement. On obtient ainsi une boîte en prémurs de béton massif, isolée du reste du monde. » Le principe est le même pour les salles de cours de l’académie, afin que les musiciens ne soient pas gênés par les bruits extérieurs et n’interfèrent pas à leur tour avec l’acoustique de la salle de concert. Notons que le bâtiment est par ailleurs construit aux normes passives, parfaitement étanche à l’air.

Seule l’enceinte historique du grand manège des officiers a été conservée et restaurée.

L’inclinaison des balcons varie suivant leur emplacement dans la grande salle, afin de réfléchir le son venant de la scène sur le public de manière homogène.  Ces balcons en béton structuré cassent le parallélisme et évitent les échos flottants. Des panneaux en bois stratifiés d’environ 1 tonne sont suspendus entre les poutres du plafond pour jouer le rôle de réflecteurs acoustiques. Des tentures enroulées dans des caissons en bois placés le long des murs permettent de changer l’acoustique de la salle, pour passer d’un concert de voix non amplifié à un concert de musique amplifiée demandant une absorption du son. Tout cela à des hauteurs et dans des configurations qui rendent impossible l’utilisation de nacelles…

Un entrepreneur général qui connaît la musique

Christian Determe égrène les anecdotes montrant que, malgré une préparation minutieuse, les équipes sur place sont parfois confrontées en cours de chantier à de possibles complications. D’où l’importance de réfléchir suffisamment à temps aux moyens à mettre en œuvre pour placer les différents équipements de la salle : points de suspension pour les palans, sécurisation correcte des opérations, … Comme par exemple pour les gradins en béton apparent de 2 tonnes chacun, destinés à accueillir les sièges, qu’il a fallu poser le plus tard possible en cours de chantier pour éviter qu’ils soient endommagés ou salis.    “

Cela s’est donc fait après la fermeture du toit, donc sans grue-tour, par une porte de 2 m 50 … Il fallait des solutions créatives et une parfaite coordination des différents sous-traitants.

Un double plancher en hourdis désolidarisés garantit que les évolutions des danseuses sur le parquet ne s’entendent pas dans la salle de concert en dessous.

L’autre défi majeur fut la stabilité. « Même si cela semble n’être que des boîtes imbriquées l’une dans l’autre, ce n’est pas aussi simple : structures en porte-à-faux, encorbellements, … assez complexes à réaliser en termes de stabilité. Dans la grande salle d’environ 18 m de haut, la boîte n’était pas stable tant que les poutres transversales n’étaient pas posées et que l’ensemble n’était pas refermé par les hourdis. Juste avant les congés du bâtiment, nous avons donc connu une phase critique d’environ 3 semaines pendant laquelle il fallait refermer le tout. Sans parler des contraintes logistiques pour amener dans le centre de Namur des poutres en béton de 20 m de long puis les hisser en place. »

La totale

Si, au départ, la salle de spectacle était dédiée à des concerts, les futurs utilisateurs du bâtiment ont souhaité, en cours de travaux, l’équiper également pour tenir des représentations théâtrales. « Musique et théâtre ne demandant pas le même concept acoustique ni les mêmes équipements, nous avons dû étudier comment rendre la salle compatible avec les besoins du théâtre : adaptation de l’éclairage, augmentation de la flexibilité acoustique, … ». Ce ne fut là qu’une péripétie d’un chantier qui aura réservé pas mal de surprises : en phase de terrassement déjà, l’entrepreneur a été confronté à des terres polluées puis à la présence de la nappe phréatique, avec obligation de réaliser des parois de pieux sécants et des barrières d’étanchéité pour réaliser le gros œuvre enterré. Puis est arrivée la pandémie de COVID, compliquant un peu plus l’organisation du chantier. Des ossements ont également été découverts, heureusement trop anciens pour intéresser la police et trop récents pour passionner les archéologues. Et, malgré une sécurisation aux normes, un étudiant guindailleur ayant pénétré de nuit sur le chantier a fait une chute et est décédé. Christian Determe : « Après 25 ans de carrière, je crois qu’il s’agit du chantier pour lequel nous avons eu le plus d’imprévus à gérer. » Mission accomplie, sans fausses notes. Remarquable, le résultat est là pour couronner tous les efforts accomplis. Espérons qu’il place la capitale wallonne au centre de la vie culturelle belge voire internationale.  

Fiche technique

Maître d’ouvrage
Ville de Namur

Architectes
Cabinet d’architectes p. HD et Architectes Associés (Liège)

Entreprise générale
WUST-COBELBA (Thimister-Clermont)

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Olivia Castelein

Chef D’édition

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