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Carte blanche

Le temps, au même titre que l’espace, constitue l’une des matières premières de la ville

Sarah Poot, architecte BOGDAN & VAN BROECK (Photo : Leo Van Broeck)

25 mars 2021 Temps de lecture 6 minutes

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Pour vivre en phase avec l’écosystème dans lequel nous vivons, et dont la fragilité ne cesse de s’amplifier, l’utilisation rationnelle de l’espace permet de maîtriser la générosité nécessaire à un cadre de vie qualitatif. Au-delà du rétablissement de l’équilibre de notre écosystème naturel, la concentration des fonctions nécessaires à l’organisation de la société dans les milieux déjà urbanisés et bien connectés permet de requalifier les rapports de proximité. La densification de notre territoire doit néanmoins dépasser la simple mixité fonctionnelle. Pour atteindre un « rendement » optimal à la fois quantitatif et qualitatif, elle va nécessairement de pair avec une intensification des usages.

Si l’espace (urbain) se contracte, c’est aussi pour permettre au temps de mieux s’y dilater.

La pandémie que nous traversons a permis de démystifier la notion de chevauchement des usages auprès du plus grand nombre. Ce glissement a mis en lumière l’inaptitude de certains lieux à absorber une intensité trop marquée, mais a aussi permis d’appréhender de nouvelles perspectives – plus flexibles – quant à notre rapport à l’espace et au temps. Qu’il s’agisse de transformer la table d’une cuisine en classe ou en bureau, d’aménager la cour d’une école en parc public, ou d’accueillir des migrants dans les immeubles de bureaux vidés par la pandémie, chaque lieu peut appartenir à plus d’un système. Les marges  spatiales, à toutes les échelles,  permettent d’influencer positivement le ratio  « parcimonie d’espace/générosité de temps » : moins de surface dédiée, davantage de surface mutualisée et donc mieux utilisée. 

Si les espaces se chevauchent, c’est la succession des temps qui permet aux individus de vivre ensemble.

Nos modes de « vivre » évoluent au rythme de nos modes de « penser ». Le langage en est un baromètre fidèle. Temporaire, transitoire, pré-figuratif, éphémère, flexible, polyvalent : les qualificatifs ayant trait à la dimension temporelle se multiplient dans le registre lexical du projet urbain et architectural. Ces derniers traduisent la multiplicité des temporalités dont il est question. L’intensification des usages par l’optimisation des capacités spatiales n’exclut pas les variations d’intensité, tout comme la mutualisation n’inclut pas forcément le partage simultané d’un espace. Quotidiens ou saisonniers, diurnes ou nocturnes, en semaine ou le week-end, sont autant de rythmes lents ou rapides, intenses ou mesurés, de possibilités d’alternances programmatiques et usuelles. Le vide y a aussi sa place. 

Si la gestion des espaces dans le temps est le véritable enjeu de l’intensification des usages, elle dépasse la simple question spatiale.

La valeur ajoutée d’un écosystème pluriel réside dans la notion de voisinage, et dans les opportunités de rencontre que génèrent ces surfaces ou temps de contact. Celles-ci stimulent la cohésion d’une communauté, l’intelligence collective et l’innovation, qui – tout comme la dimension économique – renforcent l’attractivité du territoire (péri-)urbain. L’intensification des usages invite à superposer le temps court des rythmes individuels au temps long du projet urbain, à favoriser les initiatives citoyennes et les expérimentations à échelle réelle, à initier un dialogue qui permet d’identifier les synergies éventuelles, à imaginer de nouveaux modes de gestion coopératifs. Cela présuppose un effort collectif, partagé par tous les acteurs du secteur: du concepteur au constructeur, de l’investisseur au gestionnaire, du législateur à l’usager. 

En ces temps troublés, envisageons avec optimisme le processus de cocréation encore à inventer qui nous permettra de donner à ces enjeux une réponse commune mais nuancée, et répondant aux intérêts les plus variés. Prenons le temps de semer dès aujourd’hui les graines que récolteront demain les futures générations !    

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Olivia Castelein

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