Plateforme pour le bâtiment, le génie civil et les infrastructures
Quand concourir vous fait brader vos idées
Photo : Laura Stamer

Quand concourir vous fait brader vos idées

La profession d’architecte a perdu son statut de profession respectée

Comment pratiquer l’architecture quand les moyens pour y pourvoir se voient amputés ? L’architecte accède à la commande de manière directe ou via les concours d’architecture, privés ou publics. Dans certains pays comme chez nos voisins français, le concours d’architecture reste un moyen décent pour accéder à la commande. Même si leur ouverture sur la scène internationale rend le procédé de sélection plus compétitif, les conditions restent attrayantes.

En France, les rétributions prévues permettent de s’y retrouver en termes d’efforts fournis. En Belgique, la situation est plus problématique : pour remettre un dossier d’appel d’offre en Région bruxelloise, nous devons en moyenne travailler 30 heures. Certains dossiers de compilation de toutes les demandes atteignent plus de 300 pages de documents, ceux-ci devant être rédigés en fonction de la demande spécifique. Ce n’est pas du copier-coller. Tout cela juste pour être sélectionné… ou pas. 100% de risque donc. À ce stade, notre bureau aura déjà dépensé plusieurs milliers d’euros. Il faut également savoir que certains concours exigent déjà à ce stade de fournir une note d’intention, pour laquelle nous devons dévoiler ce qui nous est le plus précieux, nos idées, sans qu’aucune rémunération ne soit prévue. Et dans l’infime éventualité d’une sélection, les honoraires prévus pour le concours lui-même sont dérisoires : moins d’un millième du coût du projet, en moyenne. 

De nouveau, il est important de préciser que, pour cette somme dérisoire, nous livrons notre plus important asset, à savoir nos idées. J’aimerais insister ici sur le fait que nos idées ne sont pas négligeables en termes d’expertise : elles synthétisent nos connaissances historiques, culturelles, sociales et techniques en une formulation architecturale qui sera la ligne directrice du projet. À son tour, celui-ci impliquera une multitude d’intervenants et d’acteurs, les pouvoirs publics et la communauté, dans un projet de construction qui s’étendra en moyenne sur 5 ans, pour ensuite perdurer des décennies durant. Toute cette expertise de l’architecte est fournie en pure perte. Voilà la situation précaire dans laquelle l’architecte doit exercer sa profession aujourd’hui en Belgique. 

Dans les concours privés français auxquels nous participons, notre approche est la suivante : nous demandons avant tout des honoraires qui nous permettent de fournir le travail demandé. Etant donné que nous sommes inscrits à l’ordre des architectes, nous estimons que nos compétences ont déjà été déjà évaluées, outre nos références et notre palmarès de prix internationaux.  Nous demandons à être rémunérés à 50% dès l’ouverture de dossier concours afin de pouvoir mobiliser nos équipes et nous demandons d’avoir un retour intermédiaire à mi-chemin du concours afin de pouvoir évaluer avec la maîtrise d’ouvrage, les autorités et tout autre acteur relevant, la direction que nous prenons. Ce moment est très important car l’architecture ne se fait pas à huis-clos. C’est une opportunité pour tout un chacun de se faire entendre et surtout pour nous d’écouter. Nous demandons ensuite le paiement des 50% restants, sans attendre la livraison du concours. Le travail reste à faire et nous voulons pouvoir le faire. Cela instaure un rapport de confiance en nos pratiques de la part du client. C’est son projet après tout ! Il est important qu’il croie en notre capacité. À ce jour, avec cette démarche, nous n’avons jamais déçu un client sur le rendu final. Bien au contraire, la méthode décrite nous a permis répondre aux besoins de nos clients au-delà de leurs attentes. 

Selon mon expérience, c’est un win-win. Alors, pourquoi pas en Belgique également ?    

Julien De Smedt, architecte (JDSA)

« * » indique les champs nécessaires

Envoie-nous un message

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.