Plateforme pour le bâtiment, le génie civil et les infrastructures
Nouvelles

Un entretien avec Bruno Dursin, Directeur InfoZinc Benelux

centrum-voor-dierengezondsheidszorg-ciney-lieven-van-landschoot-kopieren

21 janvier 2021 Temps de lecture 23 minutes

Partager cet article

Les galvanisateurs ont un haut degré de connaissances techniques

« J’ai travaillé presque toute ma vie dans le monde de l’acier », déclare Bruno Dursin, Directeur de l’organisation professionnelle InfoZinc Benelux, au début de l’entretien. Chef de file et inspirateur des galvanisateurs au Benelux au cours des dix dernières années, il leur a donné un visage et plus de pouvoir. 90 % des galvanisateurs au Benelux sont membres de l’organisation professionnelle. Ensemble, ils pèsent 450 000 tonnes d’acier galvanisé par an. Nous sommes allés le trouver chez lui dans le village rural d’Oedelem.

Centre de santé et d’exploration animales à Ciney. (Photo: Lieven Van Landschoot)

InfoZinc est un groupement d’intérêts qui est né de la fusion de deux organisations nationales, à savoir la Stichting Doelmatig Verzinken (SDV) aux Pays-Bas et ProGalva en Belgique. Le mariage a été consommé en 2010, sa mission principale étant dès le début de promouvoir la galvanisation à chaud dans toute la chaîne de construction : des architectes, des bureaux d’études et des donneurs d’ordre aux parties exécutantes telles que les constructeurs acier et les entrepreneurs.

Bruno Dursin : « Le transfert de connaissances est l’une de nos tâches essentielles. Pour aller de l’avant, il faut faire en sorte que les connaissances ne se perdent pas. Ce ne sont d’ailleurs pas les connaissances techniques qui manquent chez nous. Cela s’exprime le plus souvent dans les expertises et les inspections réalisées par InfoZinc. En plus, nous disposons d’un service d’assistance, c’est-à-dire d’une source de connaissances disponible en permanence. Les formations professionnelles et étudiantes ont également leur place au sein de notre organisation, avec en plus des formations internes dans les ateliers de galvanisation. Nous sommes également très forts dans le domaine des fiches techniques qui traitent de toutes sortes de sujets techniques et du flux d’information de notre site internet. Nos connaissances sont à la disposition de toutes les personnes intéressées. »

Tour Eiffel. (Photo: Stéphane Compoint)

Choses à faire et à ne pas faire

La promotion de la galvanisation est particulièrement intense. On s’adresse directement aux architectes, aux constructeurs acier et aux bureaux d’études et les visites et les séances d’information correspondantes sont toujours très animées. Bruno Dursin : « Les visites de projet ont beaucoup de succès ; sur un chantier, vous voyez directement le résultat et vous comprenez encore mieux les choses à faire et à ne pas faire lorsque vous utilisez de l’acier galvanisé et comment l’acier galvanisé à chaud peut répondre aux défis et aux questions des architectes et des clients. »

Braver le temps

Le triptyque transfert de connaissances, développement de marché et promotion forme une sorte de base à partir de laquelle on opère pour rapprocher la galvanisation à chaud des groupes cibles. Bruno Dursin : « Nous faisons littéralement du colportage, nous passons la moitié de notre temps sur les routes, nous organisons des séances d’information et des formations et nous visitons des projets. Nous sommes en contact étroit avec le marché. Je trouve que c’est important, sinon vous êtes dans une tour d’ivoire. À mon avis, les connaissances purement théoriques ne valent pas grand-chose si on ne connaît pas la demande du marché. Quand on est en contact avec le marché, on voit mieux ce qui bouge. La sensibilisation occupe ici une place centrale. Un architecte qui se penche sur un projet, commence généralement par s’occuper des matériaux. Quels sont les matériaux que je vais choisir et dans quel contexte ? Ce sont les questions qu’il se pose. Et lorsque l’architecte choisit l’acier, il n’est pas encore dit qu’il réfléchisse à son traitement de surface. Se demande-t-il à quoi ressemblera son bâtiment dans vingt ou cinquante ans ? Pour moi, c’est une question importante, notamment du point de vue de la durabilité. Les matériaux utilisés doivent être durables et braver le temps. Malheureusement – qu’il s’agisse de béton, d’acier ou encore de bois – je vois trop souvent dans la physionomie des rues actuelle des applications pour lesquelles je me dis : mais pourquoi n’ont-ils pas réfléchi correctement ?  

Kaseco. (Photo: Joost Demuynck)

Des bâtiments qui ont à peine cinq ou dix ans, sont parfois très laids. Il faut leur accorder beaucoup plus d’attention ; après tout, c’est quelque chose que vous transmettez à la génération suivante. En galvanisant à chaud l’acier, nous apportons une réponse appropriée à cette question. »

ABSOLUMENT ZINC

Il y a quatre ans, IZB a lancé la campagne de sensibilisation ABSOLUMENT ZINC. Mise en œuvre après concertation entre les membres, cette campagne veut susciter une prise de conscience en lien avec les atouts de la galvanisation à chaud. Bruno Dursin : « Nous avons largement documenté et argumenté la sûreté de la galvanisation. Je vous renvoie à ce sujet à notre manifeste en six points sur notre site internet www.absolumentzinc.be . »

C’est vous qui avez imaginé la campagne ABSOLUMENT ZINC… Bruno Dursin : « Il faut inspirer les gens et les convaincre. Et pour cela, vous avez besoin d’un message fort. Je remarque que les séances d’information et les visites de projet ne manquent pas leur cible. Notre message de sûreté est entendu, il n’est pas mis en doute. Mon propre discours est également sincère. J’apprécie l’authenticité du processus, un acier est bien ou mal galvanisé, ça se voit tout de suite. What you see is what you get. Et cela m’impressionne vraiment beaucoup. On voit tellement d’imperfections dissimulées dans l’industrie du bâtiment. Les galvanisateurs sont des gens de métier, ils maîtrisent la galvanisation à fond et ils ne supportent pas le travail mal fait. C’est ce qui m’a charmé, cela correspond bien à l’idée que je me fais du secteur de la construction. »

Galvaniser à chaud = rendre durable

Nous en arrivons au cheval de bataille de Bruno Dursin : la construction circulaire. « La galvanisation contribue au recyclage circulaire de l’acier. L’acier galvanisé est par nature circulaire. Avec la galvanisation à chaud, vous ne touchez plus à l’acier pendant 80 ans. Cela signifie que pour donner une deuxième vie à de l’acier, il suffit de le démonter et de le remonter ailleurs. Finis les problèmes de peinture, de retouche ou de réparation, l’acier galvanisé est parfaitement réutilisable sans le moindre impact sur l’environnement. Deuxièmement : le zinc en soi est 100 % circulaire. Lors de la fonte de l’acier, le zinc peut être entièrement recyclé sous forme de poussière de zinc qui peut être réutilisée comme matière première pour du zinc secondaire. Troisième argument : le zinc se sacrifie pour l’acier, cela signifie qu’en cas de détérioration au montage ou au démontage, la protection cathodique fait en sorte que l’acier ne rouille pas. Autrement dit, il y a la garantie d’une protection à vie de l’acier. »

Tour Eiffel : un coût d’entretien de 4 millions d’euros

Il est vrai que la tour Eiffel n’est pas une icône de durabilité. Bruno Dursin : « Le gros problème, c’est l’entretien. Il s’agit d’une construction en acier peinte et cela demande une nouvelle couche de peinture tous les huit à neuf ans. Si elle avait été galvanisée, il n’y aurait pas eu d’entretien pendant les quatre-vingts premières années. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, nous ne pensons pas encore assez souvent en termes de coût total de cycle de vie. Les travaux d’entretien de peinture de la tour Eiffel coûtent à chaque fois quatre millions d’euros, soit quinze pour cent du coût de construction initial. On ne construit pas quelque chose pour le voir disparaître au bout de cinq ans ; je n’irai pas jusqu’à dire que nous construisons pour l’éternité, mais la différence est quand même flagrante. Nous avons l’obligation morale de veiller à ce que les bâtiments restent beaux. Les peintures qui s’écaillent me dérangent. Allez voir dans le quartier, il y a des exploitations agricoles avec des barrières dont la peinture se détache et dont l’acier est corrodé. Vous me direz que c’est logique, que les agriculteurs ont d’autres soucis en tête. Mais un peu plus loin, il y a un autre agriculteur avec une clôture galvanisée et lui non plus n’a pas envie de l’entretenir et cette clôture est toujours en bon état. Poussez le raisonnement jusqu’à la physionomie des rues en général, vous ne voulez pas non plus avoir un sentiment de dégradation. Les donneurs d’ordre ne tiennent pratiquement pas compte de l’entretien et les pouvoirs publics n’ont pas l’argent nécessaire. Les mâts d’éclairage peints sont horribles au bout de 10 ans. Les mâts galvanisés, en revanche, continuent à briller jusqu’à la fin des temps. En choisissant l’acier galvanisé, vous avez une solution sans entretien. » Pour le directeur IZB, il s’agit d’une obligation morale qui fait partie de notre qualité de vie.

The Silo, Cophenhague

Acier de mauvaise qualité

Dans la perspective de la galvanisation à chaud, la qualité de l’acier joue un rôle important. Bruno Dursin : « La qualité de l’acier a un impact important – certainement pour ce qui est de l’adhérence de la couche de zinc – sur le résultat final. InfoZinc a posté un cahier des charges approprié sur son site internet pour que les prescripteurs puissent exiger une qualité de galvanisation optimale. Les teneurs en silicium et en phosphore de l’acier jouent notamment un rôle important. Faites le choix de la qualité et ne vous laissez pas refiler de l’acier de mauvaise qualité. »

Bonne conception

La conception des pièces est un autre aspect de la même question. Elle fait aussi intervenir de nombreux transferts de connaissances. Bruno Dursin : « Nous donnons aussi des conseils spécifiques aux architectes, aux concepteurs et aux ingénieurs pour bien concevoir les pièces qu’ils souhaitent galvaniser. N’oubliez pas que le bain de zinc est un bain à +/- 450 degrés, qu’on ne peut pas se permettre d’y faire n’importe quoi et qu’il convient donc d’adopter des dispositions constructives appropriées et de tenir compte de tous les aspects pour galvaniser en toute sécurité. »

Snow world. (Photo: Jochen Verghote)

L’avenir

L’avenir est prometteur pour IZB, mais le directeur précise qu’il ne faudrait pas pour autant délaisser la question de la ‘sûreté’. Bruno Dursin : « Nous devons accorder une attention permanente à notre manifeste et montrer que nous sommes prêts à suivre une voie toujours meilleure et plus rigoureuse. Je suis persuadé qu’il y a une prise de conscience accrue du coût total du cycle de vie chez les donneurs d’ordre et dans les administrations publiques. Il y a toujours des coûts d’entretien et tout le monde sait qu’il faut en tenir compte. Le fait est que la circularité n’est pas quelque chose d’éphémère. Dans cette perspective, nous avons des atouts et des opportunités à foison. Le revêtement de façade, par exemple, est un domaine d’application qui ne fait pas encore l’objet d’une attention suffisante. Nous avons récemment publié un livret sur le Silo à Copenhague. Ce projet a remporté plusieurs prix internationaux. Il s’agit d’un exemple particulièrement réussi où l’acier galvanisé a été utilisé comme revêtement de façade. Notre route est parsemée de nouvelles opportunités et de nouveaux défis. »    


La galvanisation comme solution circulaire

La galvanisation et la construction circulaire sont comme les deux doigts de la main. Bruno Dursin : « Pour ce qui est de la galvanisation, nous obtenons de très bons résultats avec réparer, réutiliser et recycler, où nous avons des arguments très convaincants.

Le projet de Rails de guidage circulaires des Ponts et Chaussées néerlandais, le gestionnaire des infrastructures et des eaux aux Pays-Bas, en est un bel exemple.

La conclusion de la prospection de marché est que la rénovation des rails de guidage peut avoir lieu en pratique de manière responsable. La rénovation et la réutilisation présentent des avantages importants pour l’environnement, avec une réduction des coûts environnementaux allant jusqu’à 70 pour cent. En plus, la rénovation est meilleur marché que la production et elle s’adapte bien aux exigences de sécurité rigoureuses en vigueur pour les rails de guidage.

Pour les Ponts et Chaussées néerlandais, le recyclage circulaire des rails de guidage est l’une des manières d’appliquer la circularité en 2030 et donc d’utiliser le moins possible de matières premières primaires. Les travaux exploratoires sur les rails de guidage circulaires ont porté sur l’ensemble de la chaîne de rénovation au sein de laquelle les rails de guidage utilisés retrouvent une seconde vie après avoir été démontés, nettoyés, dégalvanisés, regalvanisés et finalement replacés sur le bord des routes.

TwynstraGudde et LBPSight ont accompagné le processus en tant que parties indépendantes pour prendre en compte les différents intérêts et permettre à tout le monde de contribuer à partir de sa propre expertise. Il en est ressorti une vision partagée du dossier commercial et toutes les parties de la chaîne ont exprimé leur engagement. Cela nous a permis d’établir ensemble la faisabilité technique et économique de la solution choisie. Nous avons réussi grâce à l’ouverture et à l’enthousiasme de tout le monde. Nous allons maintenant nous occuper d’aménager le projet de validation. À l’avenir, les Ponts et Chaussées vont lancer de plus en plus d’appels d’offres circulaires. Je pense, par exemple, aux mâts d’éclairage et aux portiques d’autoroute. »

Newsletter

S'inscrire pour recevoir les dernières actualités

Contact

Olivia Castelein

Chef D’édition

Envie de découvrir nos formules de partenariat ? Je serais heureuse d'en parler avec vous.

0%

    Envoie-nous un message