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Carte blanche

Vers une culture du risque en Wallonie

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Jacques Teller, Professeur d’urbanisme et aménagement du territoire à l’ULiège et directeur du LEMA (Local Environment Management and Analysis)

19 octobre 2021 Temps de lecture 5 minutes

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La reconstruction des vallées sinistrées suite aux inondations des  14  et  15  juillet doit être l’occasion de repenser notre territoire. Les risques climatiques, qu’il s’agisse d’inondations, de sécheresse, de vagues de chaleur ou d’incendies, ne pourront plus être ignorés.

On le sait, l’artificialisation des sols est susceptible d’amplifier les phénomènes de crue et les vagues de chaleur. La tentation est dès lors grande de faire peser l’ensemble des mesures d’adaptation au changement climatique sur une production d’immobilier neuf, bien localisé et ultra-performant, considérant qu’il s’agit là de notre principal levier pour éviter une répétition des événements de l’été dernier. De telles mesures, même si elles sont bien nécessaires, ne permettront de traiter qu’une part marginale du problème.

Il convient de considérer la globalité des milieux bâtis sur lesquels porter les adaptations pour faire face aux évolutions climatiques.

Agir sur le cadre bâti

La vague de chaleur mortelle de 2020 et les inondations de 2021 nous imposent de faire évoluer nos espaces bâtis vers un modèle de « ville poreuse » pour nous armer face à l’avenir : garantir des espaces de fraîcheur accessibles pour les habitants lors des vagues de chaleur et des espaces de respiration pour permettre l’épanchement ou la retenue des flux d’eau lors d’épisodes pluvieux. Ces espaces de respiration doivent être conçus pour protéger les milieux urbanisés et leurs usagers tout en offrant de nombreuses autres fonctions en temps normal : espaces récréatifs, d’agrément, de biodiversité, etc.

Au sein des bassins versants, cette approche implique de s’appuyer sur les armatures vertes existantes (forêts, bois, parcs, prairies, friches, etc.) et de les renforcer par des actions de déconstruction ciblées et rationnelles afin de répondre aux enjeux de qualité de vie et de sécurité pour la population. Les adaptations nécessaires concernent tant les milieux urbanisés hérités de la révolution industrielle que les extensions récentes des dernières décennies. Pour chacun de ces milieux, il convient de définir les actions spécifiques à mettre en œuvre en fonction de leur localisation et de leur influence au sein des bassins versants : rétention de volumes d’eau de pluie en amont (infiltration, stockage, etc.) et respiration au sein des milieux urbanisés pour laisser couler l’eau en préservant les habitants.

Agir sur les comportements

Au-delà des adaptations d’ordre matériel et technique, il importe d’agir également sur les comportements des habitants et des usagers. Ceci suppose de beaucoup mieux communiquer afin de renforcer leurs capacités d’anticipation et de réaction en situation de crise. La population et les communautés locales doivent être informées des risques et des modalités d’adaptation de leur habitat si la puissance publique veut en faire de vrais partenaires dans le cadre de l’adaptation au changement climatique. L’exposition aux risques naturels et les mesures d’urgence à adopter lors de crises devraient, à ce titre, faire partie intégrante des programmes scolaires.

Tout ceci repose sur une modification de notre rapport au territoire. Celui-ci devrait faire désormais place à la culture du risque, intégrée désormais comme une composante à part entière de notre cadre bâti quotidien plutôt que comme une lointaine probabilité. Nous avons tout à y gagner.

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