|Tournai

L’esquisse du futur Pont des Trous. Encore au stade d’avant-projet en attendant que le permis soit octroyé.

03:13
04-01-2019

Élargissement de l’Escaut | Tournai

A Tournai, l’Escaut n’est pas un long fleuve tranquille

Tournai est née et a prospéré au fil de l’Escaut. La ville voit actuellement les abords de son fleuve entièrement rénovés. Du pont Devallée au Sud-Est, au pont Delwart au nord-ouest, les quais qui n’ont pas encore été réaménagés le seront.  L’Escaut sera aussi élargi sur 250 mètres à hauteur du quai Saint-Brice et sous le Pont des Trous, pour permettre le passage des péniches de classe Va (2000 tonnes). Nous avons demandé à Christophe Vanmuysen, Inspecteur général au SPW, en charge du dossier,  de faire le point sur les travaux en cours et à venir.

Le Quai Saint-Brice tel qu’il sera après son rétrécissement.

Le Quai Saint-Brice tel qu’il sera après son rétrécissement.

 

Ce chantier de près 37 millions d’euros, cofinancé par l’Union européenne (40%) et la Wallonie (60%), s’inscrit dans le cadre du projet européen « Seine-Escaut ».  Celui-ci prévoit des travaux d’infrastructures sur l’ensemble de la liaison des deux bassins. Christophe Vanmuysen : « On a beaucoup lié le projet tournaisien avec le canal Seine-Nord du côté français. Ce nouveau canal aurait dû être achevé en 2020 mais les autorités françaises ont demandé une prolongation de la validité des crédits européens jusqu’en 2022 et devraient également introduire ce dossier dans le nouveau programme d’investissement européen 2021-2027. De toutes façons, indépendamment des flux supplémentaires que le canal Seine-nord est susceptible d’amener, l’Escaut en Wallonie picarde méritait un effort de modernisation. A cause du goulet d’étranglement de Tournai, une péniche de 2000 t standardisée (classe Va) ne peut pas aujourd’hui passer. Et une péniche de 1350 t standardisée (classe IV) passe tout juste entre les arches du Pont des Trous. La circulation fluviale dans le centre-ville est perturbée à partir d’un certain débit, l’enjeu de l’élargissement est donc aussi de pouvoir naviguer plus souvent en toute sécurité.

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Le nouveau pont-à-Ponts, version 2019.

 

Remettre sans cesse l’ouvrage (d’art) sur le métier
Le remplacement de la partie centrale du Pont des Trous constitue une phase emblématique du chantier d’élargissement. Les Tournaisiens sont très attachés à ce témoin de l’architecture militaire médiévale (XIIIe siècle), qui n’est d’ailleurs pas un pont mais un vestige de la troisième enceinte de la ville. Le SPW, propriétaire du Pont ainsi que de la voie d’eau et maître d’ouvrage a remis entre les mains des Tournaisiens le choix de l’esquisse architecturale. Depuis la première esquisse en résille métallique en 2005, rejetée par la population, consultation populaire et ateliers participatifs se sont succédé. Christophe Vanmuysen : « Des ateliers participatifs, est ressortie une esquisse représentant trois fines arches en pierre ajourées, sans coursive. Cette esquisse a été transmise, à l’unanimité du conseil communal de Tournai, au ministre, pour pouvoir être réintégrée dans une demande de permis en novembre 2017, actuellement toujours en examen. » Les opposants au projet ne baissent cependant pas les bras, la dernière initiative en date débouchant sur une demande de moratoire par ICOMOS pour éviter de nuire au classement UNESCO du Beffroi et de la Cathédrale…

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Le nouveau pont-à-Ponts durant sa pose, le 9 juin 2018.(Photo: Didier Dominicus)

 

Un chantier en 4 phases
Ou plutôt 3 actuellement, puisque la phase 4 (celle qui concerne le Pont des Trous et ses abords) n’a pas encore obtenu le permis.  Les 3 autres phases sont en chantier. La plus spectaculaire est sans doute la phase 1, qui concerne l’élargissement de l’Escaut au niveau du Quai Saint-Brice et le remplacement du pont-à-Ponts par un nouvel ouvrage métallique. Démarrée en avril 2017, elle devrait s’achever pour l’été 2019. Le rétrécissement du quai Saint-Brice entraîne  d’imposant travaux de génie civil : forage et bétonnage de 219 pieux en béton pour former le nouveau profil du quai grâce à une paroi de pieux sécants de 15 à 16 mètres de profondeur sur 1,30 m de diamètre …  Quant au nouveau pont-à-Ponts, il a été mis en place début juin de cette année et ouvert à la circulation dès septembre. Mais les finitions doivent encore être réalisées, y compris la pose du revêtement final, parce que le nouveau pont n’a pas encore été mis en tension.

Les phases 2 et 3 sont en cours. Elles concernent la réfection de 2,7 kilomètres de quais sur les 4 kilomètres que compte l’intra-muros.  Christophe Vanmuysen : « Les travaux d’élargissement de l’Escaut comprennent aussi des aménagements urbains pour les zones impactées par les travaux d’élargissement. Sur les 37 millions d’euros de budget du projet, une part non négligeable est ainsi consacrée à l’amélioration du contexte urbain, au bénéfice des Tournaisiens et des touristes. »

Ce méga chantier à l’échelle tournaisienne est réalisé par l’association momentanée Galère-Wanty, qui fait appel à des sous-traitants pour certaines parties plus techniques. Le pont a ainsi été construit par Techno Métal Industrie à Namur (Andenne). Le bureau d’études est Greisch et le bureau de contrôle est Seco.

Tout récemment, c’est la carrière de Gore à Andenne, propriété du SPW, qui a été sélectionnée pour la taille des pierres du futur Pont des Trous.

C’est le savoir-faire wallon qui est mis en exergue dans ce projet essentiel pour le développement du transport par voie d’eau.

Tekst: Philippe Selke
Beeld: Bureau Greisch

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