Lauréat dans la catégorie Logement collectif et Prix "Reconstruire sur la ville" en 2015 : le projet montois « Caserne » du bureau Matador.

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13-07-2020

La Wallonie accueille une architecture de qualité… mais le saviez-vous ?

Le sol wallon voit pousser ces dernières années de nombreux projets, de tailles diverses. Seuls les plus spectaculaires – souvent situés dans des villes comme Charleroi, Liège ou Namur, font la une des médias. Que ce soit le Business Left Side Park en bord de Sambre dans la cité carolo, le site liégeois de Coronmeuse qui fait place à un vaste quartier résidentiel, ou encore tout ce qui se construit dans la « corbeille » namuroise… Mais, à côté de ces géants, d’innombrables projets souvent de plus petite taille voient le jour partout en Wallonie. En cinq éditions, le Grand Prix d’Architecture de Wallonie en a mis en lumière plus de 800, tout en épinglant un problème récurrent.

Musée de Folklore de Mouscron (AM V+ / Projectiles), Prix de la Reconstruction sur la ville en 2019.

 

En 2015 déjà, Robert Treselj, alors Président de l’Union Wallonne des Architectes, disait en ouverture de la cérémonie de remise des prix sa fierté de voir la Wallonie accueillir les trois réalisations architecturales belges les plus marquantes de la décennie, à savoir la gare Calatrava à Liège, la Tour de Police de Jean Nouvel à Charleroi et le Centre de congrès de Daniel Libeskind à Mons. « Réalisations certes de grands architectes étrangers. Saluons les autorités qui ont eu la clairvoyance de laisser ces architectes étrangers ouvrir la voie. Derrière les grands noms étrangers, nos architectes ont plus que le talent nécessaire. Il leur reste à acquérir un peu de confiance. Petit à petit, la Wallonie sort de sa torpeur. Nous devons oser le faire savoir. » Paul Magnette, en tant que Ministre-Président, lui répondait ainsi : « Nous sommes très heureux qu’il y ait des Calatrava, des Libeskind, des Jean Nouvel et bientôt des Rem Koolhaas qui viennent bâtir en Wallonie mais cela ne peut pas suffire. Il faut aussi que nos talents nés en Wallonie et qui prospèrent ici, puissent connaître du rayonnement dans leur propre région. » La remise des prix qui suivit couronna des bureaux tous… bruxellois. Un comble pour un Grand Prix de l’architecture wallonne… ou simplement un écho au manque de confiance des architectes wallons que relevait Robert Treselj ?

Neuf mois plus tard, invité en marge de l’assemblée générale de l’UWA qui se tenait à Charleroi, Paul Magnette enfonçait le clou : « En remettant les prix au GPAW, je me suis dit : c’est formidable, on a aujourd’hui, en Wallonie, une architecture de très grande qualité. Les projets primés sont de très beaux projets… Ce qui m’a absolument horrifié, c’est que sur les dix (primés), il n’y avait pas un seul bureau établi en Wallonie ! (…) Je ne sais pas quelles en sont les raisons mais cela demande une sérieuse introspection. Je constate que nous avons une difficulté à promouvoir ce que nous faisons chez nous, et le constat est le même pour le design et d’autres disciplines à la frontière de l’artistique, de l’artisanat et des prestations intellectuelles. »

LRArchitectes remporte en 2017 le GPAW dans la catégorie Logement collectif avec l’Arsenal, logements sociaux à Pont-à-Celles.

 

Oser s’afficher, oser affirmer ses qualités

L’édition 2017 du GPAW, heureusement, célébrait une série de projets conçus notamment par des architectes wallons. Robert Treselj regrettait cependant de devoir autant se battre pour convaincre les architectes wallons de participer à un événement comme celui-là. Pourtant, il constatait que la qualité est bien présente. Et d’ajouter : « Nous souhaiterions également pouvoir motiver les maîtres d’ouvrages publics pour qu’eux aussi sortent de leur torpeur, qu’ils prennent l’initiative de présenter leurs réalisations. Il serait presque un devoir de montrer ce qui se réalise avec l’argent public. »

Deux ans plus tard, on retrouve au palmarès du GPAW plusieurs architectes déjà primés en 2017. Signe que seule une petite fraction des architectes, un peu toujours les mêmes, participent au concours. C’est là un vrai mal wallon, maintes fois dénoncé. Les architectes wallons ne communiquent pas ou trop peu, et une grande part de leur production reste dans l’ombre… Pourtant, on fait de très belles choses en Wallonie ! Et les architectes devraient afficher davantage de fierté par rapport à leurs réalisations, qui n’ont souvent rien à envier à ce que l’on peut voir ailleurs.     

Texte Philippe Selke | Photos Maxime Delvaux

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