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Une lasagne de béton aux imbrications multiples

Confluence-52
La Confluence étonne et séduit par ses courbes, qui trouvent un écho dans le tambour du Delta tout proche. (Photo : Nonet s.a.)

Texte | Philippe Selke

12 octobre 2021 Temps de lecture 13 minutes

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Dans le cadre des Fêtes de Wallonie a été inaugurée le 18 septembre, au pied de la Citadelle à Namur, l’Espace Confluence, espace public de convivialité créé là où a sévi pendant trop longtemps le dieu automobile. L’étonnant bâtiment qui la prolonge vers la Meuse sera quant à lui inauguré avant la fin de l’année, une fois les aménagements intérieurs achevés. Ce chantier complexe a été mené en association par les entreprises De Graeve, Duchêne et Nonet, avec une répartition des tâches correspondant aux compétences de chacune. 

La pose des gradins à l’interface entre les voiles béton et la dalle de l’esplanade a demandé coordination, préparation, maîtrise ainsi que synergie entre hommes et machines. (Photo : Nonet s.a.).

Dans un numéro précédent de Construire la Wallonie, nous avions déjà consacré un article au parking souterrain sur 4 niveaux dont les terrassements en stross avaient été réalisés à partir de fin 2017 pour le compte d’Interparking par Nonet, en sous-traitance de la SM De Graeve – Duchêne – Valens. A peine mis en service, ce parking a immédiatement été « baptisé » par les crues exceptionnelles de juillet, sans pour autant en arriver à l’inondation contrôlée du niveau inférieur comme l’ont prévue les ingénieurs (lire en pages 13-15). 

Le présent article est consacré à la partie visible du site réaménagé : l’esplanade d’une part, et le bâtiment, appelé le NID (Namur intelligente et durable) par la Ville, d’autre part. Ce dernier comprend également un niveau inférieur dédié à l’Horeca. Ces travaux se connectent par ailleurs à d’autres qui les complètent, comme la voirie réalisée par Galère pour le compte du SPW et la passerelle franchissant la Meuse, réalisée par Franki. 

Débutés en mars 2019, les travaux ont demandé une parfaite coordination et un phasage adapté. (Photo : Pascal Thémans)

Imbrications en cascade

L’esplanade et le bâtiment constituent donc un seul marché remporté sur concours et mené en design & build pour le compte de la Ville de Namur par l’association des entreprises De Graeve – Duchêne – Nonet, dans laquelle De Graeve et Duchêne ont construit le bâtiment et Nonet s’est chargé de l’esplanade et de l’aménagement des abords. Les chantiers sont cependant intimement imbriqués les uns dans les autres – De Graeve travaillant parfois en sous-traitance pour Nonet et inversement – tandis que les auteurs de projet ne sont pas les mêmes pour l’ensemble : pour le NID, le bureau d’architecture danois 3XN et le bureau namurois BEE architect, ce dernier assurant le suivi du projet, JNC International prenant la place de 3XN comme coconcepteur de l’esplanade. Le bureau d’études ARCADIS a quant à lui œuvré tant sur le bâtiment (stabilité et techniques) que sur l’esplanade. Débutés en mars 2019, les travaux ont demandé une mise au point détaillée de tous les aspects techniques et de multiples réunions pour garantir une parfaite coordination et un phasage adapté. Tant que la couverture du parking n’était pas réalisée, il était impossible de travailler sur l’esplanade.  Autre exemple : les voiles courbes du bâtiment (le plus grand, coulé en une fois, faisant 62 m²) se poursuivent sur l’esplanade. Il fallait donc attendre qu’ils soient réalisés pour pouvoir commencer les gradins de l’esplanade, qui viennent en partie s’appuyer dessus. A certaines périodes, les interactions de charroi de chantier ont été en outre particulièrement compliquées…

Lasagne de béton

En coupe, l’esplanade est construite comme une lasagne : par-dessus la dalle de couverture du parking en béton, on trouve en effet une étanchéité et jusqu’à 2 m de remblais par endroits. Puis vient la dalle de l’esplanade elle-même (3900 m²), en béton fortement armé (70 t d’acier). Des luminaires et des bancs ont été intégrés en périphérie. Olivier Nulens, responsable de projets chez Nonet : « La société Béton de la Lomme a créé des blocs de coffrage courbes pour réaliser des éléments que nous sommes venu déposer les uns à côté des autres sur le pourtour, avec un système d’éclairage LED encastré. Les 200 gradins en béton ont été pour nous aussi un défi.    “

Afin de les réaliser, nous avons finalement opté pour de gros parallélépipèdes rectangles posés les uns sur les autres, incluant un cheminement avec des marches pour permettre aux piétons de les gravir. »

À proximité de la passerelle franchissant la Meuse, le projet a été adapté afin de créer une meilleure connexion, notamment via un ascenseur vitré qui permet aux PMR d’accéder directement du quai de halage à l’esplanade et au parking, sans faire de détour. Cette adaptation de structures est un autre exemple de l’imbrication entre les différents marchés composant le site et de l’indispensable coordination qui en découle.

Tous les voiles extérieurs du bâtiment ont été coulés en place avec des coffrages métalliques courbes. (Photo : Pascal Thémans)

La beauté complexe des courbes

Depuis les hauteurs de la Citadelle, la Confluence étonne et séduit par ses courbes, qui trouvent un écho dans le tambour du Delta tout proche. Tous les voiles extérieurs du bâtiment ont été coulés en place avec des coffrages métalliques courbes (42 phases de bétonnage) et présentent un aspect de béton fini. Une qualité visuelle qu’il s’agit de préserver dans la durée. Un traitement anti-tags a d’ailleurs été prévu, et les essais menés indiquent qu’il ralentira également le verdissement du béton avec le temps. Le vert n’est pas pour autant absent du bâtiment, puisque celui-ci est doté d’une toiture végétalisée accessible au public. 

Clément Deveugle, Administrateur Délégué de De Graeve : « Le bâtiment étant courbe dans tous les plans, nous avons investi dans des systèmes d’implantation 3D pour assurer un bon suivi de chantier, notamment pour les coffrages. Travailler en 3D a aussi facilité la réalisation de connexions entre éléments, par exemple des marches à raccorder à un voile courbe ou des raccords entre garde-corps en toiture. Ce n’est pas courant pour nous, et notre personnel a gagné en compétences. » Olivier Nulens : « Tous nos engins étaient équipés du guidage 3D. Le conducteur du chantier reprenait les niveaux avec une canne GPS reliée à une station totale. Un point délicat fut le raccord entre les gradins et le cheminement en béton sur la toiture du bâtiment. »

Les Namurois se sont vite approprié ce nouvel espace offrant une visibilité maximale. (Photo : Nonet s.a.).

Visibilité maximale

Clément Deveugle : « Tout le monde a dû mettre de l’eau dans son vin, y compris la Ville, pour faire aboutir un projet aussi complexe. La réussite du projet vient aussi du fait que personne n’a tiré la couverture à soi. » Olivier Nulens : « Même si, techniquement, ce chantier ne comportait rien d’exceptionnel par rapport à ce que nous avons l’habitude de réaliser, sauf bien sûr le terrassement en stross pour le parking, il s’agit d’une superbe carte de visite pour nous qui sommes namurois. » En matière de visibilité, on peut en effet difficilement trouver mieux !  

Fiche technique

Maître d’ouvrage
Ville de Namur

Architectes
3XN (Copenhague) et BEE architect (Namur) pour le bâtiment ; BEE architect et JNC ­International (Bruxelles) pour l’esplanade

Entreprises générales
De Graeve – Duchêne – Nonet

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