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Nr 02 2020

Le virus de la remise en question

Nous vivons actuellement une période exceptionnelle, une crise de civilisation. Dans l’Europe tout entière et même au-delà, la population est confinée chez elle depuis plusieurs semaines, les écoles et la plupart des commerces sont fermés, paralysant l’économie. Les chantiers sont mis au repos les uns après les autres. De nombreuses entreprises découvrent, forcées et contraintes, le télétravail.

Dans notre pays, l’ampleur de la crise est telle qu’elle a entraîné la mise en place d’un gouvernement fédéral, doté qui plus est des pouvoirs spéciaux ! Le petit jeu particratique a fait place à une (quasi) unité de façade dans le but de sortir le mieux possible du problème sanitaire que nous connaissons et de ses conséquences économiques.

Mais qu’en sera-t-il une fois la crise passée ? Va-t-on tout oublier et reprendre les habitudes du passé ? Ou bien va-t-on tirer les leçons de cette épreuve et remettre en question une série de dogmes, comme la mondialisation à outrance, le consumérisme béat, le libéralisme débridé ?

On l’a constaté, les Belges ne sont pas égaux face au confinement. Les habitants des grandes villes, Bruxelles en tête, n’ont pas suffisamment d’espaces verts pour prendre l’air, alors que les habitants des campagnes profitent de leur jardin et des alentours. Il semblerait que la distanciation sociale soit peu compatible avec la densification des centres urbains, qu’on nous promet pourtant… Espérons que les pouvoirs publics retiendront de cette période difficile que la nature en ville, ce n’est pas que pour « faire joli » mais que c’est au contraire indispensable pour rendre la ville plus vivable.

La crise du COVID-19 est d’ailleurs une crise environnementale. Elle est la conséquence de la déforestation dans une région de Chine, par laquelle la population locale est entrée en contact avec des animaux sauvages qu’elle consomme. Et l’épidémie s’est apparemment propagée de la façon la plus fulgurante dans les régions du monde où la pollution de l’air était très importante… Enfin, il faut oser le dire : ce n’est pas le virus qui tue (il est généralement bénin pour les personnes en bonne santé), mais les pathologies chroniques (liées à la pollution, au stress, à la sédentarité et à une mauvaise alimentation) qu’on a laissé se développer depuis des décennies, privilégiant les intérêts industriels et financiers. Ces pathologies sont un terreau fertile pour un virus comme le COVID-19.

Récemment, Koen De Leus, chef économiste de BNP Paribas Fortis, expliquait dans La Libre Belgique que cette crise allait accélérer la déglobalisation. On connaissait déjà une prise de conscience des enjeux environnementaux, mais le coronavirus va amplifier le mouvement. Les entreprises devront revoir leurs chaînes d’approvisionnement et les consommateurs en paieront le prix. Mais Koen de Leus se veut aussi rassurant sur la capacité à rebondir et a calculé l’impact de la crise sur notre économie. Il estime ainsi que le choc au premier trimestre de cette année sera de -3% par rapport au trimestre précédent et de -5,5% au deuxième trimestre. Du jamais vu ! Mais il table également sur une ré-accélération assez phénoménale, avec une croissance de 11% au troisième trimestre par rapport au deuxième trimestre. Espérons qu’il ne se trompe pas, et surtout que ces chiffres encourageants soient aussi le reflet d’une nouvelle économie, dans laquelle le mot durabilité trouve tout son sens.

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