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14-05-2020

Carte Blanche | Arlette Baumans, Architecte et Urbaniste – Baumans-Deffet

Membre de l’Académie Royale de Belgique

Chevalier du Mérite Wallon

Construire la Wallonie. Une question de responsabilité collective

Dès la seconde moitié du vingtième siècle, la Wallonie, une région connue mondialement pour ses productions métallurgiques, minières, lainières n’est plus compétitive à l’échelle continentale et internationale.

Le territoire et en particulier les villes – quelle qu’en soit la taille – ne parviennent pas à réaliser le passage de villes industrielles à villes post-industrielles. Les effets collatéraux sont légions : crise économique, sociale, environnementale et culturelle.

Les modèles dominants de la métropolisation et du capitalisme immobilier tentent de reconstruire les centres des villes appauvris et désertés au profit de l’étalement urbain dans ce qu’on appelait jadis la campagne.

L’émergence d’une attitude responsable face aux enjeux globaux et spécifiques de la (re)construction de la Wallonie est urgente.

L’assise de la réponse urbanistique – qui ne pourra être que collective – est triple.

Inclure tous les territoires wallons dans la réflexion urbanistique et architecturale

Des métropoles à la Wallonie profonde, en passant par les petites villes, la gestion du territoire sera globale et inclusive des « délaissés » d’aujourd’hui.

Si la vocation métropolitaine des grandes villes devra être renforcée, celle des petites villes (qui souvent ont connu un âge d’or) devra faire l’objet de renouvellement de pratiques qui interrogent tous les acteurs de la fabrication du territoire.

Ces mêmes acteurs seront également garants de l’économie des territoires – du Grand Paysage – laissés actuellement aux logiques des investisseurs et promoteurs de produits urbains tels les zones industrielles, les centres commerciaux et les lotissements.

Transformer la Wallonie en fonction de son ADN – Préparer la prochaine transformation

Ces dernières décennies, nos décideurs ont souvent rêvé et exprimé le renouveau de la Wallonie en référence à des modèles venus d’ailleurs : l’effet Guggenheim à Bilbao, le quartier Vauban à Fribourg, la métamorphose de Bordeaux. Le temps est à la réflexion sur l’opportunité de l’importation de ces modèles et de la Star­architecture dans nos villes et paysages wallons.

Aussi, le temps est venu de « s’intéresser à ce qui est, au lieu de s’intéresser à ce qu’on voudrait qui soit » (Peter Smithson – As Found).

Le temps est venu de s’intéresser à notre environnement construit en état d’abandon relatif, héritage d’un passé glorieux et de le considérer comme un terrain fertile idéal pour un questionnement renouvelé en ce qui concerne nos modes de pensées et nos actions. « Recueillir, restituer et faire avec l’ordinaire » (As Found).

Dès lors, le territoire wallon deviendrait un champ actif en état de transformation permanente où chacun des acteurs aura la pleine conscience de son rôle de passeur et de sa responsabilité de travailler sur le temps long (commencer ce que d’autres achèveront).

Rééquilibrer les logiques marchandes et non marchandes

Dans l’Architecture d’aujourd’hui de février 2006, Axel Sowa confirmait déjà qu’entre l’hystérie du spectacle et la loi du marché, là où ce qui ne peut être transformé en événement ou en marchandise est simplement oublié, la marge de manœuvre est réduite. Si la marge de manœuvre est réduite, elle est réelle et porteuse de sens et devrait monopoliser tous les acteurs de la transformation du territoire wallon.

Deux conditions s’avèreront nécessaires et indispensables pour rééquilibrer ces logiques marchandes et non marchandes. La responsabilité des acteurs ou groupe d’acteurs de l’aménagement des territoires sera d’une part de refuser la mise en place de pratiques dissociées (théorie / pratique, architecture / urbanisme, concepteur / constructeur, généraliste /spécialiste) et d’autre part de s’accorder sur une vision systémique de la mise en forme du paysage habité, naturel et construit.

Dès lors, c’est en répondant à la fois aux exigences économiques, sociétales, environnementales et culturelles que tout projet devrait dorénavant être conçu, lu et validé.

Une opportunité de faire du territoire wallon un laboratoire exemplaire de mise en forme de la résilience.

Il s’agit là d’une question de responsabilité collective.     

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